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Le FMI critique l’économie libérale

Des récents rapports illustrent l’inclination nouvelle du FMI à remettre en cause l’efficacité des politiques économiques en vogue à travers le monde. Austérité, libre circulation des capitaux, défiscalisation des hauts revenus, l’institution basée à Washington nous alerte sur ces mesures aux conséquences dangereuses et dont les bienfaits pour la croissance demeurent incertains.

Les débuts de cette nouvelle ère sous les foudres de Jupiter se sont traduit pas une volonté de frapper vite et fort. Emmanuel Macron, souhaitant ardemment stimuler l’économie afin de relancer la croissance, après la flexibilisation du marché du travail et la suppression de l’ISF, a pour prochaine ambition d’assainir les dépenses publiques par le biais d’un large plan de transformation visant à réaliser 80 milliards d’euros d’économie d’ici 2022. Si les impacts positifs de la flexibilisation du marché du travail sur l’emploi furent relégués au rang des folles chimères par nombre de commentateurs, les réformes de l’ISF et de la fonction publique devraient, quant à elles, favoriser l’économie française à en croire le gouvernement. Or, c’est un tout autre son de cloche que les récents rapports du FMI (fond monétaire internationale) donnent à entendre. Les bénéfices de telles mesures sur la croissance y sont sujets à caution et c’est une réalité bien différente de celle à laquelle les grands dirigeants disent se plier qui nous est dépeinte.

Taxer les hauts revenus, un bienfait pour la croissance

Le dernier rapport en date résonne presque comme une contre-indication à la politique du chef de l’Etat. La suppression de l’ISF, entériné par les députés la semaine dernière et ayant grandement participé à affubler Emmanuel Macron du pseudonyme de « président des riches » serait l’erreur à ne pas commettre, selon le FMI. Dans ce rapport, les économistes de Washington assurent que : « La théorie de la fiscalité optimale recommande des taux marginaux d’imposition nettement plus élevés que les taux actuels, qui ont tendance à diminuer, pour ceux qui perçoivent les plus hauts revenus » avant de continuer plus loin : « Par conséquent, les pays développés ont peut-être la possibilité de relever les taux marginaux d’imposition supérieurs sans entraver la croissance économique ». Un conseil qui va à l’encontre du pragmatisme présidentiel, affirmant d’une part, que la France est un pays qui taxe trop ses « premiers de cordée », et, d’autre part, qu’une telle fiscalité serait néfaste pour la croissance.

Quand on allège la fiscalité sur les hauts revenus, les foyers les plus riches voient leur salaire augmenter tandis que l’Etat, lui, s’assoit sur une somme d’argent non négligeable ; somme ne pouvant, dès lors, plus contribuer à venir en aide aux moins fortunés, augmentant ainsi le risque de voir les inégalités se creuser un peu plus. Or, le rapport du FMI le souligne : « Si certaines inégalités sont inéluctables dans un système économique fondé sur le jeu du marché, des inégalités trop fortes peuvent fragiliser la cohésion sociale, créer des clivages politiques et, à terme, freiner la croissance économique ». Quelle-est la différence entre l’argent que l’on offre aux plus aisés et celui que l’on offre aux plus pauvres ? Les premiers épargnent et placent leur argent, parfois à l’étranger, quand les seconds, eux, dépensent et font vivre l’économie directe du pays.

Un constat qui soulève certaines interrogations quant à la pertinence des mesures fiscales adoptées depuis plusieurs décennies par les gouvernements successifs, mesures visant à alléger toujours un peu plus les taxes sur les revenus les plus élevés au nom de la croissance et de l’attractivité. L’OCDE note, pour sa part, une diminution progressive de la fiscalité sur les hauts revenus à partir des années 80, passant d’une moyenne de 62 % en 1981, à 35 % en 2015. Une aubaine pour les foyers aisés à travers le monde, dont les fortunes ne cessent d’exploser au détriment du reste de la population.

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« Moi, je ne crois pas à la jalousie française qui consiste à dire « ceux qui réussissent, on va les taxer, les massacrer » » confiait le chef de l’Etat, dimanche dernier, dans un entretient exclusif retransmis sur TF1. Nous passerons sur cette étrange rhétorique, assimilant « taxer » et « massacrer » pour souligner que, force est d’admettre, à la lumière des rapports du FMI, que la taxation de « ceux qui réussissent » relève davantage du bon sens que d’une quelconque jalousie gauloise, n’en déplaise aux sceptiques.

La libre circulation des capitaux, une arme à double tranchant

La libre circulation des capitaux est l’un des principes majeurs de l’économie libérale. Dans un article publié en juin 2016, titré : « Le néolibéralisme est-il surfait ? » trois économistes du FMI, Jonathan D. Ostry, Prakash Loungani et Davide Furceri, analysent les risques liés à ce phénomène. Si le trio d’experts ne rejette pas ce principe tout de go, soulignant l’effet bénéfique de la libre circulation de capitaux sur l’économie des pays en voie de développement, ils constatent néanmoins que cette libre circulation augmente les risques de crises économiques. En effet, sur 150 épisodes d’entrées massives de capitaux dans 53 pays émergents, 20 % ont conduit à des baisses de production, entraînant des crises économiques. Si l’ouverture financière ne constitue pas un risque de crack boursier à lui seul, il n’en demeure pas moins un élément constitutif. La libre circulation des capitaux permettrait donc de réduire les inégalités à l’échelle mondiale mais tout en fragilisant l’ensemble de l’échiquier financier.

C’est sans doute le revirement de cap le plus spectaculaire de l’institution présidée par Christine Lagarde. Après avoir préconisé l’austérité pour la Grèce lors de la crise de 2008, le FMI, porte huit ans après, un tout autre regard sur cette mesure économique. L’austérité serait une entrave pour la croissance d’un pays, freinant la consommation des ménages par la diminution des aides sociales ; augmentant le nombre de chômeurs en raison d’une réduction des effectifs dans la fonction publique ; diminuant, enfin, les revenus de l’Etat par la privatisation de divers secteurs d’activité. Conjugués ensemble, ces éléments donnent un cocktail amer et détonant. Tout le monde le sait, les lendemains de fête, ce sont les mauvais mélanges qui offrent les plus vilaines gueule de bois.

L’austérité n’est pas la panacée

L’austérité est une politique à court-termiste se souciant davantage du remboursement de la dette dans un temps restreint que de la relance réelle du pays. Une nette corrélation est par ailleurs chiffrée par les économistes du FMI, entre réductions des dépenses publiques et augmentations du chômage : « les épisodes d’assainissement budgétaire se sont plutôt traduits par des chutes que par des hausses de la production. En moyenne, un rééquilibrage de 1 % du PIB relève le taux de chômage à long terme de 0,6 point ». L’institution de Washington préconise un remboursement de la dette grâce à l’augmentation naturelle de la croissance plutôt que par un gain artificiel obtenu en serrant la ceinture du pays tout entier.

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Un constat qui a l’allure d’un mea culpa de la part de l’institution internationale. En effet, lors de la crise de 2008, elle préconisa, elle aussi, l’austérité pour sauver la Grèce de la faillite. Tandis que certains spécialistes proposaient une relance de l’économie grecque par l’augmentation des dépenses publiques, tablant sur un effet multiplicateur du retour sur investissement par une consommation croissante (selon le principe de l’économiste John Keynes) le FMI fit un calcul tronqué de ce taux multiplicateur, le chiffrant en dessous de 1, seuil minimal pour que cette opération fonctionne. C’est en partie ce calcul qui a validé la mise en place d’une politique d’austérité – en partie seulement, car le lobbying des grandes banques ainsi que la pression exercée par la chancelière allemande Angela Merkel y ont contribué pour beaucoup, comme le révélait l’ancien ministre de l’économie Grec, Yanis Varoufakis à l’hebdomadaire Marianne. Nous savons aujourd’hui –et le FMI lui-même le reconnait- que le taux de l’effet multiplicateur aurait pu être deux à cinq fois supérieure que celui calculé du côté de Washington. Nous connaissons tous les conséquences de cet arbitrage dans lequel le peuple grec n’a jamais eu son mot à dire : en 2015, le taux de pauvreté atteignait 46 % en Grèce.

Bien sûr, nombre de spécialistes n’avaient pas attendu le réveil du FMI pour dresser le même constat, mais cette prise de conscience du côté de Washington est un signal fort envoyé à l’ensemble des institutions européennes dans l’optique de, peut-être, freiner un peu cette course folle prônant toujours plus de marché pour toujours moins de contrainte.

Difficile, avec ces informations à l’esprit, de ne pas rire en écoutant le président s’autoproclamer chef de file des pragmatiques, n’obéissant qu’à la seule réalité du terrain, tandis que des études soulignent le caractère contre-productif de ses réformes. Difficile aussi d’entendre inlassablement que ce sont les pauvres gens touchant de généreuses aides mirobolantes, atteignant parfois même la moitié d’un SMIC, rendez-vous compte, qui sont les seuls responsables de tous les maux. Difficile enfin, de ne pas froncer les sourcils en écoutant Christophe Barbier et consorts, nous marteler que le monde marche dans le bon sens en brandissant habilement des chiffres devenus aujourd’hui des preuves aussi irréfutables que de saintes paroles. Mais nous ne sommes pas dupes de ces courbes, de ces sondages, et de cette mascarade.  « Si les chiffres ne mentent pas, les menteurs adorent les chiffres », glissait l’écrivain américain Mark Twain. Les temps qui courent nous prouvent, aujourd’hui, que cette sentence est d’or.

Tristan Barra

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Adrien Quatennens

Pouvoir excessif, légitimité douteuse et débat stérile

Faut-il revoir le mode de scrutin des élections législatives ?


    La belle prise de parole du jeune député Adrien Quatennens ou les énigmes de François Ruffin lancées à l’Assemblée nationale ont enflammé la toile ces derniers jours. Cependant, ces belles prestations orales des agitateurs de la France Insoumise ne sauraient masquer une réalité beaucoup plus sombre, l’opposition parlementaire sonne creux, incapable d’exercer son rôle de contre-pouvoir. En pleine discussion sur la future réforme du Code du travail, les différents députés d’opposition, de droite comme de gauche, se retrouvent dans l’incapacité d’agir.

    En effet, leurs amendements sont systématiquement refusés par une Assemblée nationale au teint monochrome. Le responsable de ce blocage démocratique n’est autre que le score élevé de LRM aux élections législatives, conférant au parti du président de la République 308 sièges, une majorité écrasante et historique dont la légitimité demeure néanmoins contestable. Dans ce contexte, ne faudrait-il pas repenser les modalités d’élection de nos députés ? (suite…)

« Secondary Residence », Julien Pacaud, 2012

L’égo et les couleuvres

Le journalisme sous Emmanuel Macron


Les liaisons dangereuses

En avril 2017, l’attaché de presse de M. Macron qualifiait Yann Barthès de « gros connard ». Quelques mois après, le président, fraîchement élu, interdisait à certains journalistes l’accès à l’Élysée. C’est vrai, quoi : un peu de tranquillité, ça ne fait de mal à personne, surtout quand on est haut placé. Ils font chier, quand même, ces journalistes, à vouloir informer leurs concitoyens !

Enfin, il faut admettre qu’ils sont quand même utiles, parfois. Surtout quand il s’agit d’éblouir le peuple : Macron s’amuse dans un sous-marin. Macron joue au tennis. Macron fait de la boxe. Macron s’est lancé dans le saut à ski, aussi : à grands renforts de com’, il dévale la pente glissante de la panoptique. Après tout, pourquoi se satisfaire d’un peu de contrôle, lorsqu’on peut tout surveiller ?

Contrôle surprise

Alors, bien sûr, ces abrutis de journalistes vont sûrement râler. Mais si ils le font, les macronistes ont trouvé la parade : ils leur disent que le président « a une pensée trop complexe » pour eux. Parce qu’en plus d’aimer la glisse, M. Macron est patineur artistique. Il adore ce genre de pirouettes. Un véritable sportif, qu’on vous dit. Quel homme.

C’est ainsi que, de glissades en glissades et de cabris en cabris, l’infatigable République En Marche annonce vouloir créer son propre média. L’idée est loin d’être novatrice : d’autres partis, bien avant celui de M. Macron, ont tenu un journal en leur nom. On se dit qu’on est en démocratie, et que, quand même ! on est loin d’une Pravda, d’un Adler. Quoique.

Je t’aime, moi non plus

« J’assume parfaitement de mentir » indiquait, le 12 juin dernier, Mme Ndiaye, conseillère en communication de M. Macron. Les fameuses fake news, mais version Louis la Brocante. Après les États-Unis, c’est donc au tour de la France d’entrer dans l’ère de la post-vérité, où les faits n’ont plus leur place. Dorénavant, tout se joue à l’égo. Ça tombe bien : le président français est très doué dans ce domaine.

Quelques minutes plus tard, Mme Ndiaye avouait posséder une liste noire des journalistes. Tous ceux qui écrivent des articles défavorables au gouvernement y entrent, et ne sont plus contactés. Au final, c’est vrai : on est loin d’une Pravda, d’un Adler. Simplement parce que les journalistes dissidents sont blacklistés, et non emprisonnés. Dommage : on aurait souhaité que de telles méthodes restent celles d’un autre temps.

Antoine Monchaux
Oeuvre d’en-tête : Julien Pacaud, « Secondary Residence », 2012

Chronique d’un mal-être eléctoral

Bonjour. Aujourd’hui, comme vous vous en doutez, on va parler présidentielle. Je ne vais pas vous le cacher, cette chronique a été un enfer à écrire. Depuis dimanche je tourne et retourne dans ma tête tout ce qui se chamboule, s’entrechoque, et je n’arrive pas à mettre cela en ordre. (suite…)

Emmanuel et les garçons

 

Aujourd’hui est un grand jour, on a appris que Manuel Valls n’est pas encore mort, mais c’est surtout un grand tournant dans cette élection présidentielle. En effet, l’ancien premier ministre nous a exposé ce matin sa « position responsable » qui l’amène a voter Emmanuel Macron. Ce que je trouve plutôt amusant dans cette affaire, c’est qu’on sent qu’il est rodé en com’ le Manu, car si on regarde bien, ça fait deux mois jour pour jour qu’il s’est fait humilié par Benoit Hamon à la primaire du Parti Socialiste. Alors on peut très bien imaginer les réactions des principaux concernés. Benoit Hamon [Réaction vidéo], Melenchon, [Réaction vidéo] ou encore François Fillon [Réaction vidéo]. Ah non désolé, j’avais oublié que lui est toujours en train d’essayer de se dépêtrer de la désertion de ses collaborateurs et de l’assemblage de ses mises en examens. Mais ce qui est beau chez les Fillon c’est qu’on fait tout en couple, car c’est au tour de Pénélope d’être mise en examen pour trois chefs d’inculpations, une belle triple péné quoi.

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Justice, politique et médias un triangle amoureux indéfectible

 

Bonjour, aujourd’hui je ne vais pas me la jouer façon Zola, mais à mon tour j’accuse ! En effet, j’accuse tous ces politicards véreux.
Bien évidement j’accuse, Fillon le souverain de sablé sur Sartre, cet homme est devenu une propre parodie de lui même, il est ridicule, il est le reflet de tout ce que les gens détestent de la politique. Sa candidature c’est de l’acharnement thérapeutique, même Vincent Lambert est plus digne en ce moment !!

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