Jerry Pinkey, « The Old Africain », 2005

Des astres togolais

Le Togo manifeste contre la dictature

Journée lacrymogène

Chaque jour, le soleil africain caresse les murs jaunis de Lomé. Radieux, comme à son habitude, il n’épargne aucun recoin de la capitale aux teintes sépia, véritable joyau togolais. Pourtant, en ce 19 août, l’astre peine à offrir sa lumière. Une épaisse fumée, grise comme un jour de pluie, se dégage des profondeurs de la ville. Quelques heures plus tôt, des émeutes ont éclaté. Alors, dans une impétueuse réponse, les grenades lacrymogènes ont fait de même. À peine commencée, la journée s’annonce déjà maussade.

Au milieu du tableau, quelques éphélides parsèment la grisaille. La fumée, bien que dense, ne parvient pas à dissimuler les tee-shirts rouges du Parti National Panafricain. En plissant les yeux, on peut distinguer quelques banderoles. « Ça suffit ! Nous voulons les réformes ! » revendique l’une d’entre elles. Rien de surprenant : voilà déjà 12 ans que le président Faure Gnassingbé est en fonction. Auparavant, son père, M. Gnassingbé Eyadema, avait régné sans partage durant 37 ans.

Aux origines du conflit

Devant ce régime cinquantenaire, le Parti National Panafricain et ses alliés militent pour le retour de la constitution de 1992. Cette dernière avait été modifiée en 2002, afin de permettre à Gnassingbé père de se représenter une enième fois, puis d’être relevé par son fils. Suite à ces rectifications, le principal opposant au régime, M. Fabre, n’a jamais pu accéder à la fonction présidentielle. Certes, deux élections présidentielles – à un seul tour – ont été organisées, mais Gnassingbé fils n’a jamais eu l’intention de céder sa place.

Ainsi, en 2010, la commission électorale modifiera au dernier moment le mode de transmission des urnes électroniques. L’opposition soupçonnait alors l’utilisation d’antennes pirates pour truquer le scrutin. Cinq années auparavant, en 2005, les Forces Armées Togolaises avaient fait irruption dans les bureaux de vote, afin de voler les urnes en défaveur du régime. Après plusieurs jours d’échauffourées, les forces de l’ordre feront taire toute contestation en exécutant plus de 400 opposants.

Répression chirurgicale

12 ans plus tard, les lieux des affrontements sont les mêmes. À Lomé, la silhouette du secrétaire général du Parti National Panafricain, M. Sama, se détache des volutes de fumée. Il s’écroule, touché de plein fouet par une grenade lacrymogène. Des policiers se jettent sur lui et le tabassent, avant de l’emmener au poste. Accusé de rébellion, il sera emprisonné le soir même. 60 autres dissidents le suivront à l’ombre, dans les geôles du gouvernement.

Il se fait tard. La fumée se dissipe, dévoilant le soleil couchant. Il caresse une dernière fois les murs jaunis de Lomé. À Sokodé, deuxième ville du pays, il fait presque nuit. La lune baigne deux cadavres de sa lumière. Deux militants, morts dans les affrontements. Jusqu’au bout, ils auront défendu leurs convictions et l’avenir de leur pays. Aujourd’hui, ils n’ont pas pu profiter de la lumière du soleil. Mais qu’importe : déterminés, ils ont illuminé leur propre chemin. Un chemin vers la démocratie.

Antoine Monchaux
Oeuvre d’en-tête : Jerry Pinkey, « The Old African », 2005 (détail)

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