« Secondary Residence », Julien Pacaud, 2012

L’égo et les couleuvres

Le journalisme sous Emmanuel Macron


Les liaisons dangereuses

En avril 2017, l’attaché de presse de M. Macron qualifiait Yann Barthès de « gros connard ». Quelques mois après, le président, fraîchement élu, interdisait à certains journalistes l’accès à l’Élysée. C’est vrai, quoi : un peu de tranquillité, ça ne fait de mal à personne, surtout quand on est haut placé. Ils font chier, quand même, ces journalistes, à vouloir informer leurs concitoyens !

Enfin, il faut admettre qu’ils sont quand même utiles, parfois. Surtout quand il s’agit d’éblouir le peuple : Macron s’amuse dans un sous-marin. Macron joue au tennis. Macron fait de la boxe. Macron s’est lancé dans le saut à ski, aussi : à grands renforts de com’, il dévale la pente glissante de la panoptique. Après tout, pourquoi se satisfaire d’un peu de contrôle, lorsqu’on peut tout surveiller ?

Contrôle surprise

Alors, bien sûr, ces abrutis de journalistes vont sûrement râler. Mais si ils le font, les macronistes ont trouvé la parade : ils leur disent que le président « a une pensée trop complexe » pour eux. Parce qu’en plus d’aimer la glisse, M. Macron est patineur artistique. Il adore ce genre de pirouettes. Un véritable sportif, qu’on vous dit. Quel homme.

C’est ainsi que, de glissades en glissades et de cabris en cabris, l’infatigable République En Marche annonce vouloir créer son propre média. L’idée est loin d’être novatrice : d’autres partis, bien avant celui de M. Macron, ont tenu un journal en leur nom. On se dit qu’on est en démocratie, et que, quand même ! on est loin d’une Pravda, d’un Adler. Quoique.

Je t’aime, moi non plus

« J’assume parfaitement de mentir » indiquait, le 12 juin dernier, Mme Ndiaye, conseillère en communication de M. Macron. Les fameuses fake news, mais version Louis la Brocante. Après les États-Unis, c’est donc au tour de la France d’entrer dans l’ère de la post-vérité, où les faits n’ont plus leur place. Dorénavant, tout se joue à l’égo. Ça tombe bien : le président français est très doué dans ce domaine.

Quelques minutes plus tard, Mme Ndiaye avouait posséder une liste noire des journalistes. Tous ceux qui écrivent des articles défavorables au gouvernement y entrent, et ne sont plus contactés. Au final, c’est vrai : on est loin d’une Pravda, d’un Adler. Simplement parce que les journalistes dissidents sont blacklistés, et non emprisonnés. Dommage : on aurait souhaité que de telles méthodes restent celles d’un autre temps.

Antoine Monchaux
Oeuvre d’en-tête : Julien Pacaud, « Secondary Residence », 2012

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Un commentaire

  1. Une pensée trop complexe. Celle-là, pour la sortir sans trembler de guibolles, fallait quand-même vraiment prendre le bon peuple pour une armée de tocard.

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