Bie, Polyamoureuse et Aromantique

Je suis bie, polyamoureuse et aromantique.

Je dirais même, je suis bie polyaromantique.

Depuis longtemps.

Je me rappelle il y a un an, au fond d’un mal être collant et gluant, lors d’une conversation avec une amie, j’ai eu à me définir en mes relations proches avec autrui, sexuelles et affectives. Après une dure réflexion, j’en suis arrivée à ces termes : « je suis pan, libertine et aromantique, mais par défaut, je m’y sens mal ». Aujourd’hui, un an plus tard, j’ai enfin réussi à me redéfinir : je suis bie, polyamoureuse et aromantique, et bon sang! que je m’y sens bien !

Que s’est-il passé ? Quels déblocages ont eu lieu ?

Pour le comprendre il faut tout redéfinir. Et voir comment mon militantisme, mon appréhension des normes dictées par la société et ma remise en question de ces dernières m’ont permis de me redécouvrir sous un autre jour, avec plus de douceur et de respect envers moi-même, et a fortiori, m’ont permis de franchir un cap dans ma dépression. On va commencer par la chose qui ne m’a jamais mise mal, bien au contraire : mes attirances sexuelles. Je suis et j’ai presque toujours été très à l’aise avec ma sexualité, quand j’ai découvert le terme « bi », je me le suis directement approprié, quand j’ai découvert le terme « pan » je me le suis directement approprié également, j’ai longtemps préféré « pan » car la binarité de « bi » me gênait, sachant que le genre de la personne n’entre pas en compte dans mes attirances. Malgré tout aujourd’hui j’ai décidé de revenir au terme « bi », tout simplement par attrait esthétique et économie d’énergie. « Bi » c’est simple, c’est joli en bouche, doux et puissant à la fois, comme mon rapport à ma sexualité. Dans mon emploi j’y mets exactement la même définition que « pan », or quand je l’utilise, je n’ai pas à me prendre la tête à l’expliquer à des personnes non initiées aux termes queers plus poussés. Le fait d’avoir préféré ce mot là ne change rien à ma manière de vivre ma sexualité. C’est juste plus simple, et puis le mot « bi », c’est tellement joli…

Le passage entre « libertine » et « polyamoureuse » est une grande période de ma vie ! Il vient avec l’arrivée de mon militantisme et ma rencontre avec des personnes polyamoureuses (dont l’amie avec laquelle j’avais eu cette discussion il y a un an). Cette chose que ça a fait en moi de découvrir que je n’étais pas un monstre à ne pas comprendre l’exclusivité, à ne pas désirer l’exclusivité, et même à ne pas imaginer l’exclusivité ! C’est ce côté monstrueux que j’éloignais de moi avec le terme de « libertine ». Comme on ne me donnait pas la possibilité de vivre mes relations en termes non-exclusifs, c’est ce petit
mot que j’avais trouvé pour dire au reste du monde « Faites-moi pas chier avec vos histoires de couple ! ». Mais je m’y sentais mal, car dans cette période brumeuse de mon existence, ce mot était là pour spécifier ma tendance compulsive à combler le vide en moi par des enchaînements de coups d’un soir. Puis, ma découverte du polyamour et de l’anarchie relationnelle m’a permis de ré-analyser toutes mes relations et pouvoir ouvrir mon cœur à moi-même et aux personnes que j’aimais. Le vide que je cherchais à combler en me défoulant n’était plus ! j’avais tout ce qu’il me fallait autour de moi, je n’étais pas seule, j’aimais déjà, beaucoup de personnes. Et là on en arrive à mon aromantisme.

C’est dur de parler d’aromantisme. Peu de textes, peu de dialogues, peu d’acceptation. Il y a un an je définissais mon aromantisme douloureusement. Je voulais être « normale », je voulais pouvoir me perdre en une ou plusieurs personnes et pouvoir me projeter avec elleux sur un bonheur en commun, comme si mon propre bonheur ne pouvait exister sans relation romantique passionnelle forte et intense. Mais là où d’autre le faisaient « instinctivement », moi je ne savais pas comment faire. Enfin je ne savais plus. Car oui, j’ai déjà vécu ça, je suis restée deux ans et demi avec quelqu’un, en couple exclusif fort, et j’y étais heureuse, extrêmement, jusqu’à ce que ça ne m’aille plus. Je crois qu’à cette période de mon aromantisme, je vivais encore dans la nostalgie de ma relation avec cette personne, de ce que j’avais pu vivre et ressentir. Aujourd’hui je peux dire que je ne le suis plus, la nostalgie est loin de moi et mieux que ça, j’ai appris à ne plus culpabiliser de ma position par rapport au romantisme, car tout simplement je n’en ai ni envie ni besoin, c’est tout. Ce n’est ni quelque chose que je contrôle ni quelque chose que je veux contrôler. Je ne veux pas d’Histoire d’Amour. Soit, je trouve ça mignon, tendre tout ce que vous voulez mais je n’en veux pas, je n’en ai pas besoin pour aller bien. Je me vois encore et encore répéter à ma maman quand elle me questionne sur mes amours « Ce n’est pas quelque chose d’important dans ma vie en ce moment ». Non, ce n’est pas important. Du moins dans la définition de l’amour qu’elle a. J’ai des amours, des personnes que j’aime profondément et sincèrement. Il y a même des personnes que j’aime avec lesquelles je couche. Mais pas comme les gens l’entendent. Je manque cruellement de vocabulaire pour parler de tout ça, du coup je vais tenter une analogie : si je n’avais pas redéfini l’amour grâce à ma documentation sur le polyamour, à la question « tu les aimes » j’aurai répondu « je les aime bien », car la société sacralise le terme « aimer », en en faisant
quelque chose de puissant unique et restreint, limite divin, mot à utiliser avec pudeur et prévoyance. Lol

Je ne vois pas mon aromantisme comme une phase ni comme quelque chose de permanant, je le vois juste dans ce qu’il est aujourd’hui, tout comme mon genre, ou même mes attirances sexuelles, je sais que ce ne sont pas des choses immuables pour moi, et quand bien même ! Mais je sais qu’aujourd’hui je suis en train d’apprivoiser ce mot avec beaucoup de douceur, je commence à le trouver beau et fort ! Peut-être que bientôt comme je me dis polyA ou bie, je me dirais aro, comme les petit surnoms qu’on donne à nos potes. Mais pour le moment je déguste chacune de ses syllabes en l’analysant tendrement… A – je ne suis pas un monstre –RO – je ne suis pas anormale – MAN – je me sens bien comme ça – TI – la vie est plus douce maintenant – QUE – et je ne veux plus changer.

Florie

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