En attendant la Pluie

Pour tout dire, du moins l’essentiel, je ne cherche plus à me prononcer ces temps-ci. Tout devient commentaire acerbe ou ignard, fausse modestie ou passion mal contrôlée. Mais ce matin, 20 Avril, je me suis apperçu que je pouvais encore avoir quelque chose à dire.

Je n’ai jamais participé à une AG, jamais pris le temps de m’intéresser à ce qui devrait me toucher directement (et qui me touche directement), lâcheté ou désintérêt, je ne trancherai pas personnellement. Je laisse ça à plus avisé que moi.

La contestation persistante devait bien finir par me hâper, moi qui suit habitué à brandir des mots plus hauts que les autres, sans bouger de mon canapé.

Ainsi je voudrai pouvoir parler au nom de ceux qui ne sont jamais là, qui ne participent pas, ou de loin, qu’avec des mots ou idées préconçues, voir de la méfiance, au pire de l’indifférence. Petite prétention que je me réserve, dans la forme.

Il est vrai que plus la contestation avance, plus je me sens dans le brouillard, n’ayant pas suivi le mouvement général à ses débuts. Mais je peux observer ce mouvement autour de moi, le mouvement de ceux qui gueulent, de ceux qui osent avancer ensemble, ceux qui trinquent à ma place dans les manifestations. En toute honnêté, je ne trouve pas ma place dans ce mouvement joyeux et révolté. Je ne maîtrise pas toutes les clées (qui pense pouvoir dire le contraire ?), je n’attends pas qu’on vienne me chercher : c’est à moi de faire ce pas. 

Contre toute attente de ma part, je l’ai fais.

Quelques heures, sans prétention aucune. On pourrait me reprocher un côté amateur, voir franchement voyeuriste : oui, peut-être. Mais il en ressort de tout ça que je pense avoir senti un air, calme en apparence mais d’une troublante agitation, d’une urgence qui se fait sentir tout autour de moi. Je ne suis pas dûpe, là n’est pas juste un ressenti consensuel et faussement romantique. Pour que je puisse le croire, il fallait que je le sente. Je l’ai senti.

Que dire de plus ?

J’ai compris, intimement, que ça n’est pas une perte de temps. Que chaque instant, aussi bref soit-il, passé dans une atmosphère de respect, de camaraderie, d’écoute, d’expérimentation; car l’expérience de l’entre-aide est précieuse, et le temps qu’on y consacre l’est tout autant; n’est en aucun cas une perte de temps. Qu’importe la force de son engagement dans cette expérience; la mienne se résumant à un atelier découpage et un don de quelques compresses, peut-être m’y avez vous vu.

Alors, je prend le temps d’écrire tout ceci, avec comme seule expérience mon bref passage dans l’Amphi C ce matin, non pas pour jeter des fleurs à quiconque, non pas pour parler au nom d’une cause, mais pour dire ceci à ceux que j’ai brièvement apperçu, à ceux avec qui j’ai échangé quelques mots, et surtout à ceux qui comme moi, ont l’impression que ça ne les concerne pas, ou de très loin, qui s’en foutent, ou peut-être qui ont peur :

les cours sont une chose. La mobilisation en est une autre. Vieille rengaine que vous entendez à longueur de journée. Prenez le temps de venir discuter, de venir voir ce qui se passe là, juste à côté de vous, ne serait-ce que quelques minutes, comme celles que je prend abusivement pour fumer ma cigarette. Venez voir, faire l’expérience de ce que peut être un groupe qui lui, a prit le temps de se battre pour quelque chose. Et surtout un groupe qui prend le temps d’être ensemble.

Nos sociétés nous poussent à s’exprimer pour nous-même, ou pire, à ne pas s’exprimer. Elles nous poussent à l’expérience d’une fausse cohésion qui cesse d’exister une fois rentré chez nous. Nous gâchons du temps à concevoir des mondes meilleures pour nous-mêmes. L’opportunité se présente, peut-être pour un instant, peut-être pour longtemps, et j’ose croire que jamais elle ne fera l’économie de ceux qui prendront le temps d’essayer de comprendre ça.

Mais celà est de la redite, dans la forme. Vous connaissez ces tournures de phrases consensuelles. Vous les voyez, sur les réseaux sociaux, dans les médias en général, ça s’agite, ça condamne, ça exhalte. Vous en faîtes l’expérience.

Venez voir dans le fond, ce qui se passe à côté de vous. Rien de vous y engage, juste vous-mêmes. Personne ne viendra vous forcer la main, personne ne m’a forcé à rentrer dans cet Amphi C, délabré, mais vivant.

J’en ai fini avec ce que je voulais dire. Je l’ai peut-être fait hâtivement, sûrement sans réfléchir, mais vous savez autant que moi quand ça veut sortir, vaut mieux pas essayer de le retenir.

Le mouvement peut durer encore longtemps, il peut tout aussi bien mourir demain. Mais cette décision appartient à ceux qui composent ce mouvement, et tant que ces gens seront là, je peux affirmer que l’on a pas à craindre la pluie. Du moins, si l’on reste ensemble.

Lucas.

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