Interview de Newte et Cécile Bernard pour la pièce, La Cave

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Le Théâtre de Quat’sous d’Arnouville monte la pièce La Cave, de Caroline de Kergariou. A cette occasion nous avons pu rencontrer le metteur en scène Newte et une des actrices, Cécile Bernard.

Le Panorama Café : Bonjour, dans un premier temps, est-ce que vous pourriez vous présenter ?

Newte : Je suis metteur en scène et créateur sonore de La Cave, j’ai eu une formation musicale piano classique pendant treize ans au conservatoire de Sarcelles Ensuite, j’ai suivi une formation au sein de l’école des métiers de la communication à Malakoff pour être technicien du son et je travaille en ce moment avec plusieurs compagnies théâtrales notamment la compagnie de l’Anima et la compagnie du T.I.R. et la Lyre. J’ai intégré l’année dernière le Théâtre de Quat’sous qui est l’association de théâtre amateur d’Arnouville où j’ai pû monter mon premier spectacle, qui est donc, La Cave de Caroline de Kergariou.

Cécile Bernard : Pour ma part, je suis l’actrice qui joue Chloé, la personnage principale de la pièce, une jeune fille qui se fait kidnappée et qui se retrouve dans la fameuse cave. J’ai, de mon côté, un parcours essentiellement amateur, j’ai fait du théâtre à l’école primaire mais j’ai surtout pris des cours de violon au conservatoire et puis j’ai ensuite intégré le théâtre de Quat’sous il y a quatre ans en improvisation et entre temps j’ai fait mes études de géographie.

L.P.C : Si vous deviez, en quelques mots, décrire la pièce lesquels seraient-ils ?

N. : C’est une pièce sombre, mais avec une touche de légèreté, c’est engagé et c’est assez prenant au final.

C.B : Je dirais pareil. Il y a le côté très sombre et le côté engagé où l’on se met plus à la place des victimes. On parle justement des victimes et non pas du prédateur sexuel. On suis la victime, on connait son parcours, on se met vraiment à sa place, on le vit avec elle. On voit les fait en tant que tels mais on ne voit pas ce qu’il y a derrière les faits.

L.P.C : Dans un premier temps la pièce est censée se jouer dans le noir complet, cependant tu as décidé de détourner cela. Pourquoi ?

N. : Le théâtre pour moi c’est quelque chose de vivant, c’est un art vivant. Quand tu vas voir une pièce, tu vas passer une heure dans le noir, ce qui est un concept auquel j’adhère et qui fonctionne totalement pour ce texte là. Mais moi j’avais envie d’amener autre chose, du coup j’ai pris le parti de mettre un peu de lumière mais pas énormément non plus. On reste dans une forte pénombre mais on est pas dans quelque chose de totalement sombre, on est dans la suggestion. Cela renforce le coté dramatique, on voit des formes mais on ne sait pas trop, on distingue seulement. Comme lorsque l’on est dans le noir et que nos yeux commencent à peine à s’adapter à la lumière et du coup on commence à apercevoir des choses sans vraiment savoir ce que c’est et où on est. Puis, il y a tout un décor derrière, il y a l’odeur et les vidéos parce qu’il y a des séquences vidéos qui ont été rajoutées au début, pendant la pièce et à la fin. Elles ajoutent un coté cinématographique que j’affectionne beaucoup : au début, on a un vrai générique avec pleins de photos de Chloé, enfin de la comédienne, de sa naissance jusqu’à ses treize ans – l’âge de Chloé au moment de la pièce – puis le générique présente les comédiens et toutes les personnes qui ont travaillé sur la pièce. Je trouvais cela intéressant d’amener les gens ailleurs. C’est ce que je trouve beau chez un texte, le fait que chacun puisse se l’approprier : j’ai donc pu ramener mon univers dans cette pièce.

L.P.C : C’est donc une création totale de mise en scène…

N. : Oui totalement, même au niveau de la scénographie qui est faite à base de palette de bois, elles créent vraiment pleins d’espaces là où on a pas travaillés sur les ombres, bien que l’on aurait pu. Mais cela crée un espace où on ne sais pas trop, on est dans une cave, on les voit mais on ne sait pas comment la cave est vraiment. Le fait d’avoir la pénombre nous permet de voir, je dirais même d’apercevoir ce qu’il se passe et on sait qu’à tout moment il peut y avoir quelque chose qui va arriver. Mais on ne sait même plus si on le voit ou si l’on finit par se l’imaginer. Je trouvais que c’était assez sympa de changer, par rapport à ce qui avait déjà été fait de ce côté-là au niveau du visuel.

L.P.C : Tu imprègne la salle d’une odeur d’humidité , qu’est ce que cela apporte selon toi à la pièce ?

N. : C’est vraiment un outil de décor, c’est une projection que les gens se font. Par exemple pour moi c’est une odeur qui est totalement agréable mais pour certains elle est totalement désagréable voire gênante. C’est intéressant car par rapport à ce que raconte la pièce on est vraiment plongés dans son univers. D’habitude quand je travaille les odeurs avec d’autres compagnies, c’est sur le ressenti, sur l’appréciations des odeurs par rapport à soi. Alors qu’ici c’est vraiment un élément de décor, qui permet de s’immerger dans la pièce. Car souvent quand on joue dans un théâtre avec des codes, on ne se dit pas que l’on va se retrouver dans une cave. Là c’est l’idée d’emmener les gens dans cet endroit-là et de quitter le théâtre pour arriver dans un lieu un peu plus malsain, que celle que l’on pourrait avoir chez nous. La cave n’a pas forcément une connotation négative mais pour certains c’est un endroit plus inconfortable, ce n’est pas un endroit rassurant.

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Newte et Cécile Bernard lors de l’interview

L.P.C : Comment es-tu tombé sur ce texte et pourquoi avoir choisi de monter cette pièce ?

N. : Par hasard, je cherchais une pièce à lire et je suis tombé sur un résumé de La cave qui m’a donné envie de la lire et je l’ai carrément dévoré, je l’ai lu en une demi heure ! J’avais des tableaux qui me venaient et à la fin je me suis dit : « ok c’est ça que je veux ». Le dire pourquoi, vraiment je ne sais pas mais c’est vrai que j’ai été surtout attiré par le côté un peu sombre, un peu différent. Et puis je trouvais assez intéressant de présenter des sujets qui dans la vie sont vite oubliés et sur lesquels on met un couvercle, sur lesquels on a tendance à passer à autre chose et se dire que l’on va rigoler. Là c’est un moyen de dédiaboliser cela tout en prenant conscience qu’il y a quelque chose qui se passe, tout en restant en sécurité. Je trouvais ça vraiment intéressant de parler de la vie de ces deux nanas à qui il arrivent des choses vraiment atroces. Cela m’a attiré pas le coté séquestration, je ne suis pas non plus un fétichiste (rire), mais tout l’univers me plaisait vraiment cela s’est fait simplement et ça n’en fait pas des tonnes sur ce terrains là.

L.P.C. : Comment on s’imprègne de ce genre de texte et comment joue-t-on un personnage qui a la moitié de son âge ?

C.B : Je l’ai lu une première fois tout d’abord pour connaitre toute l’histoire. Après, petit à petit, lors des deuxièmes et troisièmes lectures on commence à le décortiquer, à se construire le personnage dans sa tête, on commence à noter comment on peut voir le personnage, ses caractéristiques, on travaille sur l’adolescence et puis il y a des petits indices comme ça dans le texte que l’on récupère à droite et à gauche. On a continué de construire le personnage et au fur et à mesure des relectures avec Newte, il y a toujours des choses qui se rajoutent petit à petit au fil des répétitions et des représentations. On se dit « tiens finalement elle est peut-être plutôt comme ça… ». Après c’est vrai que comme j’ai 25 ans et que Chloé n’a que 13 ans, ça n’a pas été facile, parce que nous en tant qu’adulte on réfléchit plus sur les situations dans lesquelles on est, on les analysent. Quand Chloé apparait et qu’elle est dans le noir, nous nous allons plutôt nous axer sur la réflexion.

N. : Oui en fait l’adulte va essayer de comprendre et ensuite d’agir, et pas d’agir avant.

C.B : Il faut donc essayer de retrouver une part d’enfance, ce qui est très dur évidemment car c’est des choses qu’on a abandonné peu à peu en grandissant, d’essayer de retrouver cette réactivité et cette sensibilité à fleur de peau qui est au fond de nous et que l’on cache quand on grandit.

L.P.C : Les critiques mettent en avant les côté oppressant et impressionnant de la pièce, est-ce le but recherché ?

N. : Oui parce que tu le vis, tu es plongé pendant une heure avec deux nanas qui se font séquestrer dans une cave, qui sont attachées et tu vis leur calvaire en même temps qu’elles. Même si la pièce se passe sur plusieurs semaines ou plusieurs mois, tu reste quand même une heure et tu es quasiment plongé dans l’obscurité totale.

C.B : L’ambiance est même presque nerveuse dès le début, lorsque les spectateurs rentrent dans le noir il y a des petites plaisanteries qui sont échangées mais on sent qu’il y a une tension, parce qu’on rentre dans un lieu noir, on ne sait pas trop ou est-ce qu’on va, on sait que le sujet va être grave mais on ne sait pas ou cela va nous emmener en fait.

L.P.C : Sur scène est-ce que tu ressent également cette tension venue de la salle ?

C.B : Oui on peut la ressentir, notamment lorsque dans les dialogues il y a des silences, et puis même si sur scène on ne voit pas le public, entre les lumières et le rideau noir devant, et du coup on se dit : « purée je suis seule » et moi en tout cas, je ressens la tension du public.

L.P.C : Où et quand est-ce que nous aurons la chance de vous voir à l’avenir, pour assister à la pièce ?

N. : Pour l’instant la seule date de sûre c’est le 30 septembre 2015, à l’espace Charles Aznavour d’Arnouville les Gonesse, à l’occasion de l’ouverture du festival du théâtre amateur d’Arnouville. Sinon en ce moment je cherche des endroit pour la jouer dans le coin de la presqu’île Guérandaise, pour faire en sorte de jouer aussi la pièce en dehors de l’île de France.

L.P.C : Donc vous recherchez des dates en ce moment ?

N. : Oui voilà on cherche, le projet s’arrêterait en 2016 si on a pas eu de nouvelles dates.

L.P.C : Est-ce que vous auriez un dernier mot à nous dire ?

C.B : Moi personnellement ça m’a fait réfléchir, parce que dans la vie c’est toujours les autres, c’est jamais nous, on est jamais concerné par ce qu’il peut se passer. Des gamines qui se font enlever, cela arrive malheureusement, et ça passe…C’est un peu ce qui se passe dans la pièce, c’est les infos où on nous dit « telle jeune fille à été enlevée etc. » et juste après on passe à autre chose. On se rend compte que c’est un peu ce qui se passe dans nos vie quand on a une information comme cela, on est choqués et après on reprend le cours de nos activités. Le fait de travailler sur cette pièce, de travailler sur la conditions de ces filles, ce qui leur arrivent, ca m’a travaillé l’esprit pendant quelques temps, et même encore un peu maintenant.

N.B: Moi c’est mon premier projet donc je suis super content du résultat, c’est agréable quand on te donne des moyens qui te permettent de réaliser des choses facilement. Je suis content du retour des gens. Cette grande première pour moi ne sera je pense pas la dernière. Affaire à suivre.

Propos recueilli par Gaby Guillard.
Merci au Ty Mad du Croisic de nous avoir accueilli.

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